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Prévoir et conduire
Catherine Tourlan en pleine session de simulation d'accident avec les élèves du lycée.
La sécurité routière est considérée comme une des priorités du gouvernement, surtout vis-à-vis des plus jeunes. Cette année encore, le lycée Jules-Verne a consacré une journée entière à ce thème, avec une vraie nouveauté : la mise en place de simulateurs de conduite.
Qui n'a pas été choqué par les spots de la sécuritéroutière montrant les drames des accidents de la route ? Pourtant, les comportements à risque persistent, surtout chez la jeune génération.
Cette journée a donc été organisée pour avant tout faire de la prévention. Sur l'alcool, la drogue, la vitesse... « Les drames de la route chez les jeunes on connaît, explique Jean-Jacques Bertin le proviseur adjoint. Il y a trois ans, un de nos élèves est décédé et l'année dernière un autre a été paralysé suite à un accident de scooteur ». Et comme les jeunes conducteurs peuvent aussi être des cibles à risque, notamment avec leurs deux roues, un des objectifs a également été de leur faire prendre la place de conducteurs de camionnette ou de poids-lourds.
Sept ateliers ont donc été installés un peu partout dans l'enceinte du lycée (Camion angle mort, camion simulateur, scooters électriques, simulateur moto, Croix-Bleue, Service addictologie hôpital de Saverne, Fédération motards en colère). Et le plus impressionnant est sans conteste le premier, se déroulant dans un camion de 35 tonnes, aménagé en simulateur de conduite par « Les pros de la route ». Toute l'année, ils parcourent la France avec un objectif précis : informer les jeunes et les moins jeunes, les sensibiliser et les former aux risques routiers mais également à l'éco-conduite. Écran plat dernier cri, siège en cuir de berline, volant, levier de vitesse et pédales en acier... Tout y est.
« Le simulateur prend en compte tout ce qui concerne le risque routier : Le temps de réaction, la conduite sous la pluie, les distances de freinage. On montre également comment adopter une conduite rationnelle et économique », indique Raymond Tourlan, formateur. « Nous ne sommes pas moralisateurs, on n'est pas dans la punition, ce n'est pas notre rôle, nous sommes vraiment dans l'information et la formation », complète sa femme Catherine, également formatrice.
« L'attitude à avoir au volant ne s'improvise pas ».
Les élèves rentrent en petit groupe dans l'espace réservé au simulateur. Au début, la tentation de se croire dans un jeu vidéo et de faire le malin est grande, mais rapidement, la responsabilité de faire attention et de ne pas créer d'accident prend le dessus. La réalité, ce n'est pas « gran turismo ». Et si les élèves qui tentent l'expérience se sentent sûrs d'eux, cela ne dure pas très longtemps. En effet, Catherine a « ce qu'il faut pour les faire échouer et se confronter à des situations de risques et d'accident ». Ainsi, lorsqu'elle commence à parler à l'élève qui conduit en lui posant des questions, (comme cela pourrait être le cas en voiture avec un camarade), ce dernier se trouve confronté à un accident et ne peut l'éviter, son attention n'étant pas mobilisée à cet instant. « C'est avec ce type d'exemple que je démontre aux jeunes que l'attitude à avoir au volant ne s'improvise pas ».
La distraction, l'endormissement, la pluie, le téléphone portable, sont autant de variables qui augmentent le risque d'avoir un accident. « Il faut les choquer », affirme Catherine. Mais au-delà des « pièges » qu'elle peut tendre, elle distille aussi quelques petits « trucs », pour conduire en toute sécurité. « Pour évaluer la distance de sécurité avec un autre véhicule, j'apprends aux jeunes à compter les crocodiles », avance-t-elle sans plaisanter. « Lorsque l'on compte deux crocodiles en découpant les syllabes ça prend deux secondes, juste le temps qu'il faut pour avoir notre temps de réaction. Il faut donc prendre un repère et compter ». Car au-delà de montrer ce qui ne va pas il faut expliquer pourquoi. « C'est ce qu'on va dire dans les écoles de police, sourit-elle. Rien ne sert de verbaliser si on ne signale pas quelle a été la faute et pourquoi elle était dangereuse ».
Autres ateliers, autres enjeux. Un peu plus loin dans la cour du lycée, les élèves sont amenés à monter dans un camion poids-lourds et à prendre la place du conducteur. Effet de surprise immédiat. Au volant de la grosse machine, on ne voit pas dans le rétroviseur la voiture qui est à dix mètres derrière, ni le cycliste qui double, ni le piéton qui traverse devant. Et là, on comprend beaucoup mieux pourquoi, on peut être en danger si on ne prend pas toutes les précautions d'usage pour doubler un gros véhicule.
Concernant les deux-roues, un atelier de maîtrise de l'engin est proposé avec un parcours ainsi qu'un autre animé par la fédération des motards en colère. En discutant avec certains jeunes, on s'aperçoit alors que même s'ils sont conscients de certains risques, ils n'hésitent pas à franchir la ligne jaune. Esteban, 17 ans, explique ainsi : « J'ai un ami qui a débridé son scooter et qui avec, peut aller jusqu'à 180 km/h ». Thierry Frantz, qui supervise l'atelier « scooter électrique de l'ufolep » est choqué. Il tient à préciser que « ce genre de pratique est non seulement illégale mais aussi très dangereuse. Les scooters sont prévus pour rouler jusqu'à 45 km/h. Les plaquettes de freins ne sont pas du tout faites pour agir à une vitesse dépassant les 50 km/h », poursuit-il.
Esteban, qui assure être très au courant de tout ce qui touche à la mécanique insiste : « On s'est renseigné avec des amis, les freins sont efficaces jusqu'à 110 km/h, les constructeurs prévoient toujours une marge ». Mais plus que de débrider les mobylettes, les jeunes les refont complètement, en achetant des pièces nouvelles sur internet, qui peuvent supporter plus de puissance, « et ce ne sont pas les gérants des sites qui viennent vérifier si ce qu'on fait est juste ».
« C'est pour éviter ces attitudes que nous faisons ce genre de journée, précise Jean-Jacques Bertin le proviseur adjoint, il y a toujours des choses à leur rappeler ».
Nastasia Desanti
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